Portraits des francophones

Nigel Lezama, Professeur adjoint, Université Brock

La question que j’aurais aimé qu’on me pose?

« Si tu n’étais pas professeur, quel métier aurais-tu aimé pratiqué ? »

Originaire de Trinidad, il a immigré au Canada quand il était gamin. Pour mieux le connaître, lisez la suite.

Q : Profession et responsabilités premières? R : Je suis professeur adjoint au Département des langues, littératures et cultures modernes à l’Université Brock depuis trois ans. Je suis spécialiste des littératures et cultures du 19e siècle français.

Q : Lieu de naissance? R : Je suis né aux Antilles, à Trinidad.

Q : Tu as choisi l’Ontario (le Niagara)? R : Mes parents ont choisi d’immigrer au Canada, précisément à Toronto, quand j’étais gamin. Je suis très heureux ici, malgré (ou, peut-être, sauf pendant) l’hiver. Je concède toutefois que, cette année, on a été bien gâtés.

Q : Passe-temps préféré? R : L’opéra, le ballet, la mode, les films d’horreur, en particulier ceux qui mettent en scène l’apocalypse des zombies.

Q : Quel est le meilleur conseil que tu as reçu? R : Avant de devenir professeur, j’étais journaliste. J’ai souvent perçu mes éditeurs comme des assassins sans merci, mais à force de voir mes textes sabrés, j’ai appris qu’il fallait toujours entretenir un soupçon envers les phrases, les tournures qu’on aime le plus dans ses propres écrits. Ces phrases sont souvent écrites pour faire briller l’écrivain aux dépens de son message. Il y a un proverbe anglais, absolument indispensable à tout écrivain: Kill your darlings.

Q : Qu’est-ce qui te passionne? R : Oh là là… quelle indiscrétion! Disons, que depuis toujours, je convoite la beauté dans toutes ses formes et j’essaie de vivre en ajoutant à la beauté qui nous entoure.

Q : De nos quatre saisons, laquelle préfères-tu? R :  Il y a une beauté particulière à toutes les saisons… je dirais pourtant que celle de l’hiver, je préfère la vivre depuis mon salon, entortillé dans une coquette.


Nigel


Q : Quel a été ton plus beau voyage ou pays visité et pourquoi? R : J’ai toujours eu une faiblesse pour la France. Dès que j’arrive à Paris, c’est comme si j’ai grandi d’un pied. La France a une culture complexe et pleine de contradictions – une vie mondaine sans égale ainsi qu’une petite vie de village qui ont, toutes les deux, leur charme.

Q : Si tu avais l’opportunité de prendre un repas avec une personnalité qui a marquée l’histoire, qui choisirais-tu et pourquoi? R : Y en a tellement. En tant que spécialiste du 19e siècle, je dirais peut-être Napoléon, mais il se prend pour un autre et je suis certain qu’il me gonflerait. Pensons alors à l’histoire contemporaine. Je suis curieux de rencontrer Justin Trudeau. Son père était un grand homme, dans tous les sens du terme. Tel père, tel fils ? Il reste à dire, mais il me semble que c’est quelqu’un qui est honnêtement à l’écoute des autres et qui a l’esprit grand ouvert. J’aimerais bien causer avec lui autour d’un bon vin frais.

Q : Dernier bouquin lu? R : Je relis Le Rouge et le Noir en ce moment. En partie pour des raisons professionnelles, en partie par curiosité. J’avais l’âge du héros la dernière fois que je l’ai lu. Maintenant, en le relisant, je me demande ce que j’ai pu comprendre à l’époque. Je vois certains aspects de ma personnalité dans le personnage principal. Ce n’est pas me vanter : Julien, le jeune homme du roman, est un peu odieux, mais c’est avec l’âge qu’on comprend qu’on n’est pas seulement gentil, la psychologie humaine a aussi son côté égoïste.

Q : Quel est le livre que tu recommandes? R : Ça dépend du lecteur ou de la lectrice. J’ai enseigné Adolphe de Benjamin Constant cette année et ce livre fraie une voie vers le coeur du jeune homme. C’est une voie que toute jeune femme a le devoir de comprendre.

Q : Quelle est ta plus grande qualité? Ton pire défaut? R : Je ne les avouerai jamais. D’ailleurs, ça dépend du jour.

Q : Quel est ton loisir préféré ? R : J’adore faire les boutiques.

Q : Quel est ton sport préféré ? R : Quand il fait beau, je suis féru de la course.

Q : T’est-il déjà arrivé quelque chose d’absolument bizarre? R : Tu parles! La vie se compose d’une suite de moments bizarres.

Q : Quelle est la chose dont tu es le plus fière ? R : Il y a beaucoup de choses… et rien. La vie est aussi une série de défis, de grands et de petits, qu’il faut surmonter. Il faut être fier de se réveiller le matin et de trouver en soi le désir d’affronter, avec un peu de grâce, les défis du jour.

Q : Si on te donne un million de dollars, que ferais-tu avec? R : La réponse à cette question m’a toujours échappé. Je ne crois pas vouloir changer grand-chose. Je dormirais mieux, ça, c’est clair.

Q : Quel est ton film préféré ? R : J’adore beaucoup de films, mais pour des raisons différentes: si je veux me rappeler l’esprit humain indomptable, je vais directement à The Color Purple, si je veux m’évader, je passe à Jurassic Park, quand Paris me manque, je passe la soirée avec Paris de Klapisch. Et, bien sûr, tout film avec une horde de zombies.

Q : Quel est ton type de musique préférée ? R : La nouvelle chanson de Beyoncé, Formation est mon hymne du moment.

Q : Tu recommandes les vins du Niagara ou ceux d’ailleurs? R : Euh… Je suis accro du Chablis et du Sancerre, mais je serais ouvert à découvrir un bon vin blanc de la région. Tu m’invites?

Et pour terminer…

Q : Quel est ton conseil pour le jeune franco-ontarien qui se prépare à faire face à la vie? R : Le monde est grand et le français est le passeport pour ce monde. Il faut le voir, y participer. Garde la fierté de ta culture et de son histoire, mais n’aie pas peur d’échanger et de t’intégrer dans une francophonie mondiale. Quand on est jeune, le monde s’ouvre si facilement devant soi. Aie la curiosité de l’explorer.