Portraits des francophones

Renée-Claude Breitenstein, Professeure de langue et littérature françaises

Q : Originaire de? Lieu de naissance? R : Je suis née à Vancouver, Colombie-Britannique (C.-B.), de parents suisses.

Q : Profession et responsabilités premières? R : Je suis professeure de langue et littérature françaises à l’Université Brock. J’enseigne la littérature et la culture françaises, du Moyen Âge à la Révolution, sans oublier la grammaire et la composition.

Je m’intéresse à la Renaissance française, à la représentation des femmes et à l’histoire du livre. De cette période, certains auteurs me touchent plus que d’autres : Rabelais et Montaigne, pour les plus connus, mais aussi de nombreux auteurs et autrices (c’est le mot qu’on utilisait pour dire « femme écrivain »), oubliés de l’histoire littéraire, dont les écrits restent méconnus et qui gagnent à être lus et édités.

Q : Tu as choisi l’Ontario/le Niagara ou c’est elle/lui qui t’a choisi? R : C’est l’obtention de mon poste à Brock qui m’a amenée en Ontario et fait découvrir la région du Niagara.

Q : Passe-temps préféré? R : La lecture, les arts, la randonnée.

Q : Meilleur conseil que tu as apprécié le plus dans ta vie? R : Rien de verbal, mais la présence amicale et bienveillante de nombreuses personnes qui ont eu la générosité de m’accorder leur confiance.

Q : C’est quoi qui te passionne? R : Les belles choses.

Q : De nos quatre saisons, laquelle préfères-tu? R : Dans la région du Niagara, j’aime les entre-saisons; après avoir vécu longtemps à Montréal, où il n’y a pas vraiment de choix au-delà du très chaud et du très froid, j’aime le soleil printanier et l’été finissant.


Q : Plus beau voyage/pays visité?  Pourquoi ce choix? R : Pour les voyages passés, c’est difficile à dire : la région du Cap, en Afrique du Sud, où j’ai vécu pendant plusieurs années est époustouflante de beauté; le Japon est le pays qui m’a le plus désorientée (ce qui est une excellente chose).

Pour ce qui est d’un voyage à venir, j’aimerais aller à Haida Gwaii (C.-B.), probablement parce que la rencontre mer/forêt est pour moi une découverte récente, une contradiction dans les termes (pour la Suissesse en moi) et un vrai objet d’émerveillement.

Q : Avoir l’opportunité de prendre un repas avec une personnalité de l’histoire, qui choisirais-tu? Pourquoi? R : Tant qu’à manger avec un mort, je préférerais qu’il ait le sens de l’humour : Rabelais ou Coluche.

Q : Un livre que tu recommandes? R : Les Métamorphoses, d’Ovide. C’est un livre extraordinaire, qui a bien roulé sa bosse (l’Antiquité latine!) et qui rassemble des histoires de création et de transformation, d’un état à un autre : un jeune homme devient cerf ; une femme, laurier ; un homme, femme, etc.

C’est un livre riche. On peut y voir un commentaire sur la nature changeante de l’existence et de l’univers, aussi bien qu’une série d’aventures palpitantes. Les adultes comme les enfants peuvent y trouver leur compte.

C’est enfin un livre fort et vivant parce qu’il se lit et qu’il se raconte. Je l’ai beaucoup lu quand j’étais jeune adulte; je le raconte maintenant à mes enfants.

Q : Quelle est ta plus grande qualité? Quel est ton pire défaut? R : Ma plus grande qualité est peut-être une curiosité enthousiaste (parfois un peu naïve) pour ce qui m’entoure.

Mon pire défaut, et cela ne semble pas s’améliorer avec l’âge, est le perfectionnisme; pas un perfectionnisme qui pousse à faire mieux, mais un perfectionnisme qui immobilise, qui réduit.

Q : Quel est ton loisir préféré ? R : La lecture (encore une fois) et les voyages.

Q : T’est-il déjà arrivé quelque chose d’absolument bizarre? R : Il y a une quinzaine d’années, je suis retournée à Vancouver, pour la première fois. C’est le lieu où je suis née, mais je n’y ai jamais vécu. Forcément, j’avais des attentes : c’était une espèce de retour aux origines. On m’avait donné l’adresse exacte de la maison sur la rue West Pender. Je me suis retrouvée dans l’East Side, qui est très glauque, avant de remonter lentement la rue, à travers le Chinatown … pour finalement me retrouver face à un terrain vague couvert de graffitis. Plus de maison, seulement un no man’s land.

J’ai été prise d’un fou rire et d’un immense sentiment de soulagement. C’est incroyablement libérateur de se retrouver face à ses origines, à un rien; l’imagination s’y engouffre.

Q : Quelle est la chose dont tu es le/la plus fière? R : En ce moment, mes pivoines, qui fleurissent dans mon jardin malgré mes soins (je n’ai pas la main verte) et les arrosages intempestifs de mes trois jeunes enfants (ils doivent tenir de moi).

Q : Quel est ton sport préféré ? R : La natation.

Q : Quel est ton film préféré ? R : Aguirre ou la colère de Dieu. Klaus Kinski, l’acteur principal, y est génial! J’aime les films qui ont du souffle, et ce film, tourné avec un budget minimal, dans des conditions plus que précaires, a une force qui a rarement été égalée.

Q : Quel est ton type de musique préférée? R : Je n’ai pas de type de musique préférée, mais plutôt des compositeurs, des interprètes, des moments musicaux qui me touchent. J’aime Bach, le White Album des Beatles, David Bowie et Leonard Cohen.

Q : Si on te donne un million de dollars, que ferais-tu avec? R : La question me fait sourire parce que c’est un sujet récurrent de composition dans les cours de français langue étrangère, d’où ma réponse un peu cynique : on ne fait pas grand-chose avec un million de dollars, si ce n’est une composition sur le conditionnel présent.

Q : Tu recommandes les vins du Niagara ou ceux d’ailleurs? R : Ceux du Niagara, sans hésitation. Pour moi, la découverte de la région du Niagara est passée, dans une large mesure, par l’exploration de ses vignobles et de ses tables. Les vins s’améliorent d’année en année. C’est passionnant d’assister à cette évolution.

Et pour terminer…

Q : Quel est ton conseil/ta recommandation au jeune franco-ontarien qui se prépare à faire face à la vie en général? R : Les livres et les voyages sont de bons conseils; ce sont eux qu’il faut consulter.